"Je poussai le portail du cimetière et y pénétrai, frissonnant sous la brise glaciale qui faisait remuer les feuilles des hauts saules pleureurs qui s'élançaient vers la Lune. La lueur scintillante des étoiles mêlée à sa lumière éclatante m'éclairait le chemin, qui serpentait entre les tombes. Je fus parcourue d'un long fourmillement qui remonta du bas de mon dos jusqu'à la base de ma nuque. J'avais toujours éprouvé une intense terreur pour ce genre d'endroit, qui me plombait d'un lourd sentiment d'étouffement. Le fait d'imaginer ces corps muets, froids, étendus sous le sol dans leur boîte de bois m'emplissait d'une épouvante sans nom. Pourtant, j'étais là, et j'avançai rapidement vers la seule tombe qui pouvait faire que j'avais trouvé le courage de venir. Le silence des bois alentour pesait sur mes épaules, et les nuages chargés de pluie cachaient la Lune et les étoiles par intermittence. Le vent les faisait aller et venir, et je devinai que ces boules de coton nébuleuses ne retiendraient plus leurs larmes très longtemps. Je resserrai mon manteau autour de moi, et frottai mes doigts pour tenter de me réchauffer. Puis, j'atteignis enfin sa tombe. Je regardai le nom et les deux dates gravés sur la pierre. Soudain la réalité me frappa de plein fouet. Je n'avais pas voulu y croire, et pourtant, c'était bien vrai. La preuve s'étalait sous mes yeux. Ceux-ci se mirent à brûler, je crus presque que mes pupilles étaient devenues incandescentes. Du poison salé se mit à dévaler mon visage, à creuser des sillons qui jamais ne se refermeraient, même avec le temps. Je tombai à genoux, les bras autour de mes épaules, laissant enfin s'échapper de moi les sanglots que j'avais retenus pendant des mois. Puis, quand ils se furent taris, de longues heures après et dans un état second, je me vis m'allonger sur sa tombe, au-dessus de son corps, et m'entendis murmurer:"Je suis là, maintenant, et jamais plus je ne te laisserai..."